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Interview de Michel JACQUIER
lundi 14 janvier 2008 par Thierry Issachar

Pourriez-vous rappeler brièvement le rôle de l’AFD, ainsi que ses projets pour l’année 2008 ?
L’action de l’AFD est structurée autour de trois grandes finalités : la lutte contre la pauvreté, le soutien à la croissance et la préservation des biens publics mondiaux. L’agence intervient majoritairement en Afrique mais aussi dans les pays méditerranéens, dans les nouveaux pays émergents ainsi que dans les collectivités d’Outre Mer. En 2008, l’AFD continuera d’accroître ses financements en faveur du développement, avec des engagements qui devraient atteindre 4 milliards d’euros. A côté de notre action auprès des Etats, nous continuerons à développer notre soutien aux entreprises et aux collectivités territoriales. Parallèlement, nous continuerons de renforcer notre production intellectuelle et stratégique autour des financements innovants et des grandes problématiques du développement telles que la démographie, le capital humain ou les migrations.
On parle beaucoup de développement en collaboration avec les populations locales, ou de co-développement, quelle réalité ce terme recouvre-t-il ?
Le mot co-développement est employé pour décrire des réalités très diverses. En fait pour nous il recouvre quelque chose de très précis : l’accompagnement des actions des migrants en faveur de leur pays d’origine. Les communautés d’immigrés installés en France ont déjà fait preuve de leurs capacités en la matière. Il s’agit de les aider par nos financements et notre ingénierie à accroître l’efficacité de leurs actions. Dans ce cadre, l’AFD conduit plusieurs programmes : par exemple, au Maroc, un projet de promotion de PME innovantes et la mise en place d’un tourisme rural ; au Mali et au Sénégal l’appui à l’adaptation des réseaux de microfinance aux besoins propres des migrants. Dans un domaine totalement différent, nous avons mis en place un « Observatoire des coûts d’envoi d’argent à l’étranger » afin de permettre une amélioration des conditions de transfert pour une plus grande concurrence.
A Human village, nous nous intéressons au lien entre développement et écologie, pensez-vous que l’un puisse se faire sans l’autre ? L’AFD soutient-elle des projets qui promeuvent le développement durable, en accord avec l’écologie ?
La conviction de l’AFD est que les défis environnementaux de la planète ne pourront être relevés sans l’implication massive des pays du Sud. L’agence a par conséquent mis la préoccupation environnementale au cœur de son action. Nous développons de manière très active des financements en faveur de la lutte contre le changement climatique. La majorité d’entre eux concerne le secteur énergétique (amélioration de l’efficacité énergétique, production d’énergies renouvelables). Nous menons également des actions innovantes sur la séquestration de carbone dans les sols cultivés en développant les techniques d’agro écologie. Notre objectif est toujours de concilier la préservation de la biodiversité et son exploitation durable. Dans le Bassin du Congo, nous nous sommes engagés à côté des Etats et avec l’appui de plusieurs grandes ONG (WCS, WWF, CI, UICN…) dans l’accompagnement de l’aménagement durable des forêts. Nous contribuons par ailleurs de manière importante à des fondations pour les aires protégées.
L’AFD alloue 50% de ses fonds à des projets basés sur le continent africain. Quelles sont les spécificités de ce continent en termes de développement ? Pourriez-vous nous citer à titre d’exemple un projet soutenu par l’AFD basé en Afrique ?
La première spécificité de l’Afrique est une croissance démographique supérieure à tout ce que l’on a pu observer dans l’histoire. Les projections évoquent 1,8 milliards d’habitants sur le continent en 2050. Si la population augmente de manière exceptionnelle dans les villes, l’Afrique compte encore peu d’infrastructures urbaines, de transport et de production d’électricité. Il y a également un manque terrible de formation. Le continent est riche de ressources naturelles en tous genres mais elles ne sont pas toujours exploitées de façon durable ni réinvesties dans le capital humain, par exemple dans la santé ou l’éducation. Tous ces éléments génèrent potentiellement des tensions parfois des conflits qui constituent un frein majeur au développement. Or un certain nombre de ces facteurs favorables, notamment la jeunesse de la population et sa capacité de travail ainsi que la richesse des ressources naturelles, constitue des leviers au développement qui peuvent être très puissants. Il faut donc agir sur ces leviers, favoriser la formation, dynamiser la croissance et la création d’emplois. L’AFD compte 250 financements en cours en Afrique subsaharienne sur des secteurs très divers : soutien aux politiques de l’éducation, soutien à la lutte contre le SIDA, financement d’infrastructures électriques, projets d’adduction en eau potable et de structuration des villes, appui aux organisations paysannes ou encore appui au secteur financier et financement du secteur privé...

